Théâtre de l’Île de Gatineau : 50 ans de théâtre professionnel et communautaire
Un texte de José Lafleur
Avec ses 118 places, on dit du Théâtre de l’Île qu’il est « le plus petit des grands théâtres québécois ». Niché dans un bâtiment patrimonial qui date de 1886, il peut également se vanter d’être le seul théâtre municipal au Québec.
Sa programmation composée de productions professionnelles et communautaires attire, bon an mal an, plus de 600 abonné·es et 10 000 spectateur·trices. Depuis déjà 50 ans. Les gens y sont fidèles et pour cause, car juste avant le début de chaque représentation, on nous lance chaleureusement un beau « bienvenue chez vous, bienvenue au Théâtre de l’Île! ». Comment résister.

La verrière du Théâtre de l’Île captée lors de l’entracte de « La cousine Germaine ». Crédit : José Lafleur.
Parmi ces âmes fidèles, Chantal Chamberland. Native du Vieux-Hull, ça fait 36 ans qu’elle travaille fièrement comme commis-caissière au Théâtre de l’Île. Quand on lui demande à quand la retraite, elle répond tout bonnement, du tac au tac, « je suis bien ici, je vais partir quand ça va me tenter ». Parce que c’est vrai qu’il fait bon de se retrouver au Théâtre de l’Île, lové entre les murs de pierre légendaires pour se laisser transporter, l’instant d’une production théâtrale, d’ici ou d’ailleurs.
Chantal Chamberland : 36 ans de passion au service du Théâtre de l’Île
C’est un concours de circonstances ou plutôt, un concours de « connaissances » qui a amené Chantal à travailler au Théâtre de l’Île. C’est que sa réputation de travaillante et de vaillante la précédait.
Dans sa jeunesse, elle est rapidement initiée au bénévolat. « S’entraider les uns les autres et rendre service, c’était important pour mes parents », confie celle qui a notamment été bénévole aux Jeux du Québec. « J’étais au réveil des athlètes. Je m’en rappelle très bien parce que c’était de bonne heure! », lance-t-elle en riant. Aussi, comme l’une de ses amies était aux prises avec la paralysie cérébrale, elle a souvent donné généreusement de son temps pour emballer des cadeaux au profit de cette cause, pendant la période des Fêtes, aux Galeries de Hull.
Dès l’âge du secondaire, durant la période estivale, Chantal commence à travailler au réfectoire chez les Sœurs Grises. « C’est ma voisine qui m’avait fait rentrer. J’épluchais des patates au sous-sol et je faisais du café (parfois salé!) ». Et, pendant qu’elle complète son cours professionnel long en coiffure et esthétique pour femme à l’école secondaire de l’Île le jour, elle travaille comme réceptionniste au Collège Saint-Joseph de Hull, les soirs et les fins de semaine.
En 1982, alors qu’elle complète son premier programme, elle décide de parfaire ses compétences. « Je suis finalement restée un an de plus pour faire le cours en coiffure pour hommes et quelques cours de français. On peut donc dire que j’ai gradué deux fois plutôt qu’une de la même école », dit-elle à la blague.
Dès ses premiers stages, Chantal doit malheureusement se rendre à l’évidence. Son nouveau métier est physiquement difficile et elle cumule plusieurs maux de dos. Se succèdent alors différents boulots en tous genres et du bénévolat pour diverses causes. Ses antennes demeurent cependant ouvertes, à la recherche d’un nouveau défi professionnel qui saura la combler. C’est alors qu’elle tombe sur l’offre d’emploi de commis-caissière au Théâtre de l’Île. « Lorsque je suis allée porter mon curriculum vitae, la dame m’a reconnue », se rappelle-t-elle. « Elle savait que j’étais sérieuse et travaillante. Elle m’a tout de suite recommandée au gestionnaire ». C’est ainsi qu’en janvier 1990, Chantal débute son histoire d’amour avec le Théâtre de l’Île.

Chantal Chamberland, commis-caissière au Théâtre de l’Île. Crédit : José Lafleur.
Chantal Chamberland au Théâtre de l’Île : les débuts et Gilles Provost
Avant d’y travailler, Chantal a été spectatrice. C’est grâce à la femme de son cousin qu’elle se retrouve, pour la première fois, dans l’enceinte du Théâtre de l’Île. « À Noël, ma cousine par mariage nous avait offert des billets. En arrivant, je me rappelle avoir dit tout haut, c’est vraiment beau ici ».
Et aujourd’hui, elle le trouve toujours aussi beau cet ancien château d’eau. « Le pont en pierre et maintenant la verrière, je trouve ça beau l’évolution et les rénovations. On a de jolis jardins, les clients aiment les fleurs et plusieurs viennent prendre leurs photos de mariage ici ».

Le ruisseau de la Brasserie et les alentours du Théâtre de l’Île. Crédit : José Lafleur.
À son arrivée au Théâtre, c’est le directeur artistique de l’époque, Gilles Provost qui l’accueille et la prend sous son aile. « C’était un grand farceur Gilles », mentionne affectueusement Chantal. « Avec le plus grand sérieux du monde, un jour il me dit, tu sais que pour vendre des billets ici, il y a une règle. Il faut aller danser sur le pont ». Et cette douce folie a été la trame de fond de leur amitié qui s’est développée au fil des ans, où ils ont travaillé ensemble.
Chantal, c’est un petit bout de femme, au franc-parler, qui du haut de ses 62 ans déborde encore d’énergie. Avec elle, on a toujours l’heure juste. Bienveillante, elle aime sa clientèle, elle la connaît et n’hésite pas à la conseiller. Elle est aussi toujours à l’écoute, « avec l’air climatisé, les dames ont parfois froid. Je me suis donc organisée pour qu’on achète des pashminas pour pouvoir leur prêter lorsque c’est plus frisquet, les soirs de spectacle ».
Cette passion pour le service à la clientèle et le Théâtre de l’Île, elle la transmet à la relève puisque c’est elle qui forme l’équipe de commis-caissier·ères. « C’est important de voir les pièces qui sont présentées ou du moins, de lire les scénarios si on veut être en mesure de bien répondre aux clients ».
Et quand on lui parle des pièces présentées au cours de sa carrière, c’est simple, elle les a pratiquement toutes vues. Son coup de cœur? « Le soldat de chocolat », répond-elle spontanément. « Cette pièce-là m’a vraiment marquée. Les comédiens étaient fantastiques et que dire des costumes d’époque. Je m’en rappelle encore ».
Des moments marquants comme celui-ci, le Théâtre de l’île a su en créer et en mettre en scène pendant 50 ans. Et il continue d’en offrir, encore cette saison.
Programmation 2026-2027 du Théâtre de l’Île : pièces et dates à retenir
Sur les planches cette année, 16 comédien·nes professionnel·les et concepteur·trices de la région participeront à quatre productions professionnelles, alors que 10 citoyen·nes-acteur·trices prendront part à une production communautaire.

Lancement de la programmation 2026-2027 du Théâtre de l’Île, où la présidente de la Commission des arts, de la culture, des lettres et du patrimoine et conseillère municipale du district de l’Orée-du-Parc, Mme Isabelle N. Miron (en haut à droite), et la responsable du Théâtre de l’Île, Mme Isabelle Cloutier, sont accompagnées de plusieurs artistes de la prochaine saison. Crédit : Ville de Gatineau.
Bébé d’Hull, Point Nemo, CLUE : les 5 productions au Théâtre de l’Île en 2026-2027
- Bébé d’Hull, du Théâtre Dérives Urbaines, du 23 septembre au 4 octobre 2026;
- En sortant de Cochrane, d’Alain Lauzon, du 2 au 13 décembre 2026;
- Point Nemo, en coproduction avec le Théâtre Rouge Écarlate et Marie-Pier Lajoie, du 10 au 28 février 2027;
- Ici par hasard, du 7 au 25 avril 2027;
- CLUE, du 19 mai au 6 juin 2027.
Pour tous les détails sur chacune des productions et vous procurer des billets, visitez le site Web de la Ville de Gatineau. Et maintenant… Place au théâtre!
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