juin 4, 2026

Le Presbytère de Blue Sea : un catalyseur de rencontres humaines et artistiques

Un texte de José Lafleur

Lové aux abords du lac du même nom, Le Presbytère de Blue Sea, dans la Vallée-de-la-Gatineau, est devenu, au fil des ans, le cœur du village. Un lieu accueillant, vibrant et inclusif, où il fait bon se rassembler pour créer, exposer, jouer, échanger et apprendre les uns des autres. Résident·es, vacancier·es et visiteur·trices sont les bienvenu·es.

« Entre vernissages éclatés, symposium artistique, performances musicales, ateliers, rencontres humaines et moments de pur émerveillement… il y aura mille raisons de venir vivre le Presbytère avec nous », peut-on d’ailleurs lire sur leur page Facebook lors du dévoilement de la programmation estivale 2026.

Ce lieu, qui a su se frayer un chemin au sein de cette communauté rurale, est le fruit d’une vision caressée par l’artiste peintre, Sylvie Grégoire.

Une artiste à l’origine d’un lieu culturel rassembleur 

Sylvie, c’est une fille de Hull qui a passé quasi tous ses étés à Blue Sea. À ses 18 ans, le chalet familial devient leur résidence principale. L’amour de la nature et des grands espaces l’anime, l’inspire depuis toujours. Encore aujourd’hui, dans sa « petite cabane » située tout près du lac, où elle peint à temps complet.

Durant son adolescence, elle tombe sous le charme fou de la femme d’à côté, Mme Rousseau, la mère d’une famille haïtienne emménagée dans le lodge voisin. « Cette femme accueillait, rassemblait tout le monde, je l’aimais d’amour », raconte affectueusement Sylvie. « Son fils Jimmy ne m’intéressait pas à l’époque, mais notre longue amitié s’est transformée en une réelle histoire d’amour. Ça fait 40 ans qu’on est ensemble et on a deux beaux grands garçons ».

Bachelière en arts visuels, Sylvie crée beaucoup. Tout le temps. Avec les années, ses compétences et sa bienveillance envers autrui l’amènent à enseigner. D’abord en francisation, puis en arts visuels auprès de jeunes adultes aux prises avec des défis de santé mentale ou vivant avec une déficience intellectuelle, du côté de Maniwaki. « L’art, c’est thérapeutique », mentionne Sylvie. « Quand ils créaient, on ne les entendait pas de la journée. Ils étaient complètement en éveil, dans le moment présent. J’étais passionnée par leur travail ».

Et ces œuvres, l’art « brut » de ses étudiants, Sylvie tenait à les exposer, mais à l’époque, les lieux d’exposition se faisaient rares dans la Haute-Gatineau.

Au-delà de la chasse et de la pêche, la culture en milieu rural 

Comme dans plusieurs municipalités du Québec, au début des années 2010, Blue Sea fait l’acquisition du presbytère afin de lui donner une deuxième vocation. « On voulait en faire un grand restaurant », se rappelle Sylvie. « Je leur ai dit, ce n’est pas d’un restaurant, mais d’un projet d’économie sociale qu’on a besoin ici. Moi j’en ai un projet pour vous. Vous ne ferez pas d’argent, mais ça va être porteur ».

Vendre l’idée de la culture dans un milieu naturellement axé sur la chasse et la pêche n’a pas été facile. Le projet a connu quelques oppositions, mais une fois la communauté ralliée et le presbytère restauré, comme on dit en anglais, the rest is history.

Une équipe s’est alors mise en place pour former le premier conseil d’administration, « on était une gang vraiment dynamique », dit Sylvie. Les expositions ont pris forme, une bibliothèque de livres d’art aussi, même un jardin de légumes biologiques. Les gens du coin et les visiteurs ont commencé à s’arrêter. « Il y a tellement de gens qui sont venus me raconter leur enfance à Blue Sea ou encore, que leur père écrivait de la poésie dans le coin et voulaient laisser le recueil sur place. D’autres me confiaient travailler ou être parents de jeunes déficients intellectuels ».

Bibliothèque de livres d’art. Crédit : Le Presbytère de Blue Sea.

Les gens ont également commencé à venir prendre le thé dans les théières dénichées par Sylvie et à placoter les dimanches après-midi. « Une grosse soupe aux lentilles parfumait les locaux », se rappelle Sylvie. Ce genre de rituel s’est installé tout doucement, tout naturellement. Et le Presbytère est ainsi devenu le repère de toute une communauté. Au-delà des arts visuels.

Jam musical extérieur. Crédit : Le Presbytère de Blue Sea.

Un lieu vivant qui continue de rassembler la communauté

Elle voulait organiser une journée sportive à Blue Sea, sur les lieux du Presbytère. Elle, c’est Nathalie Jobin, une infirmière semi-retraitée de Maniwaki. « Je suis donc allée faire un pitch aux membres du conseil d’administration pour mettre sur pied un événement qui rallierait les arts et l’activité physique », se rappelle-t-elle. Mission accomplie, car La Vallée en mouvement est aujourd’hui, devenue une tradition automnale, voire une religion au sein de la municipalité.

Et c’est en s’impliquant ainsi que Nathalie a repris le flambeau et accepté, en 2019, la présidence du conseil d’administration du Presbytère de Blue Sea. « Par l’art, on continue d’instaurer des rencontres, de développer notre mission sociale et communautaire ». 

La Ruche d’art du Blisse : créer des liens par l’art

En effet, depuis juin 2025, grâce à l’appui du Centre intégré de santé et des services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), est née La Ruche d’art du Blisse. « Avec ce projet, on veut briser l’isolement en milieu rural et éveiller le côté artistique chez les jeunes et moins jeunes, car on a tous un artiste qui sommeille en nous », mentionne Nathalie d’une voix souriante.

Des ateliers créatifs pour tous les âges 

Les ateliers, en création libre ou guidée, rassemblent les gens de tous âges et deviennent par la bande, des occasions d’échange et de partage. Diverses thématiques sont offertes telles que des ateliers de broderie, de construction de cabanes d’oiseau, de peinture ou encore, d’initiation au djembé.

Atelier de création à La Ruche d’art du Blisse. Crédit : Le Presbytère de Blue Sea.

Aujourd’hui, une dizaine de magnifiques sculptures de l’artiste de Val-des-Monts, Béla Sìmo orne les alentours du Presbytère. Les villageois s’y rencontrent régulièrement pour créer, mais aussi, pour cuisiner, faire des casse-têtes, jouer à des jeux de société, aux cartes ou aux échecs. Aussi, pour chanter et jouer de la musique ensemble. Des fêtes s’organisent, car toutes les excuses sont bonnes pour réunir la communauté. 

Œuvres de l’artiste, Béla Sìmo devant Le Presbytère de Blue Sea. Crédit : Marjolijn Thie-ter Beek.

Un hommage à Sylvie Grégoire

Cet été, en guise de reconnaissance, l’une des salles du Presbytère sera dédiée à l’artiste Sylvie Grégoire. Cette dernière pourra y exposer ses œuvres dans le lieu qu’elle a su rêver et fonder, Le Presbytère de Blue Sea.

Visitez le Presbytère de Blue Sea cet été et découvrez sa programmation

Si vous prévoyez partir en cavale cet été, assurez-vous de mettre le cap vers la municipalité de Blue Sea et de vous arrêter au Presbytère, dans la Vallée-de-la-Gatineau. Vous y serez certainement chaudement accueillis par une vibrante communauté humaine et artistique.

À surveiller au cours de l’été 2026 :

  • 20 juin | Le vernissage de l’exposition collective, Éclats de matière qui se veut une rencontre entre textures, gestes et sensibilité artistique. Les artistes Ambre Giovanni, Geneviève Calvé et Carl Ericksen y seront à l’honneur.
  • 9 au 12 juillet | Le Symposium : dialogues invisibles. Au menu : quatre jours de création avec des artistes de renommée internationale.
  • 8 août | Le vernissage de l’exposition, En trois temps de l’artiste Diane Fontaine. Entre abstraction et personnage, trois moments pour explorer son œuvre et créer un dialogue sensible entre formes et identité.

Et pour ne rien rater, visitez le site Web du Presbytère de Blue Sea ou encore, leur page Facebook.

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