juin 2, 2025

Stéphanie Tenasco : l’art de transmettre l’identité autochtone 

Par Amine Harmach

La transmission est tout un art pour Stéphanie Tenasco, artiste qui représente fièrement la Première Nation Kitigan Zibi Anishinabeg de l’Outaouais et s’efforce de perpétuer leurs traditions.

Originaire de la communauté de Kitigan Zibi, où elle est née et a grandi, elle figure aujourd’hui parmi les divers·ses acteur·trice culturel·les partenaires du Centre d’innovation des Premiers Peuples.

Enfant, Stéphanie découvre l’art de créer toutes sortes d’œuvres, notamment en travaillant le cuir et en s’initiant au perlage pour confectionner des bijoux, des mocassins, des régalia et des mitaines, entre autres.

Tout a commencé à l’âge de huit ans, lorsqu’elle participe à un petit atelier de quelques jours. « Ma mère m’a envoyée au centre culturel local, où quelques femmes aînées nous enseignaient à fabriquer des mocassins, des mitaines et à faire du perlage », raconte-t-elle. Depuis, elle n’a jamais arrêté, continuant à perfectionner son savoir-faire.

Portée par l’héritage transmis de génération en génération, elle met tout son cœur et son âme dans chacune de ses créations, de la petite à la plus grande : des petits bijoux en forme de fraise, un symbole qui marque le temps de sa naissance en juin, au mur végétal qu’elle a signé, installé à l’Université d’Ottawa et qui fait six étages totalisant 23 mètres de hauteur.

« Je n’aurais jamais imaginé qu’en 1988, je serais encore ici en 2025, toujours aussi passionnée, et transmettant ce que j’ai appris enfant de ces femmes », confie cette passeuse qui affirme ne pas se considérer comme une artiste.

Créer pour exister

Pour Stéphanie Tenasco, également chanteuse et danseuse, chaque création autochtone, tout comme le travail communautaire, joue un rôle crucial dans la visibilité des Premières Nations « Nous faisons partie de l’histoire, nous existons toujours. Et nous sommes fiers de notre identité. »

Active dans sa communauté, elle s’investit aussi dans la revitalisation de la langue algonquine, s’inscrivant dans la Décennie des langues autochtones proclamée par les Nations Unies (2022-2032).

Elle documente, préserve et développe des outils pour « apprendre, entendre et voir cette langue essentielle », dit-elle.Et son travail est une affaire de famille : elle collabore étroitement avec sa mère, enseignante retraitée de langue algonquine, qui a contribué à plusieurs projets de traduction pour Ottawa, Gatineau, ainsi que d’autres organisations au Québec et en Ontario.Ensemble, elles créent des supports pédagogiques destinés aux écoles et aux organismes communautaires.

Pour rendre l’apprentissage de l’algonquin plus dynamique et attrayant, Stéphanie a lancé plusieurs initiatives numériques.« Algonquin Language Learning » est l’une de ses chaînes YouTube où sont regroupés environ 130 courtes vidéos pour apprendre des mots et phrases simples en algonquin.

On cite aussi « Kinew and Zabet », une autre chaîne mettant en scène deux marionnettes qui, en algonquin et en anglais, participent à des activités saisonnières comme la pêche, la raquette ou l’entaillage des érables. « Je voulais rendre l’apprentissage attrayant et dynamique », explique celle qui participe également à diverses expositions et initiatives artistiques.

Dans la même veine, elle a également participé à la création d’une application mobile d’apprentissage de la langue algonquine, lancée en décembre 2023.

Sauvegarder la mémoire collective

Interrogée sur les défis auxquels font face les artistes et leaders communautaires autochtones, Stéphanie évoque une urgence. « Malheureusement, des personnes s’éteignent et emportent avec elles des traditions », déplore-t-elle. Son espoir est de transmettre le plus possible, pour garder vivant l’héritage de sa culture. « Même si je touche seulement un ou deux jeunes, c’est suffisant pour continuer », affirme-t-elle.

Stéphanie se souvient avec tendresse de ces ateliers où sa mère l’avait envoyée, contre son gré : « Je n’en voyais pas l’intérêt à l’époque. Mais aujourd’hui, je suis profondément reconnaissante. Quand je fais du perlage ou de la couture, je n’ai que des pensées positives. C’est un acte de guérison. »

Au-delà de l’artisanat, ses ateliers, organisés dans la communauté ou à Ottawa, sont devenus de véritables moments de partage. « C’est un moment de rire, de solidarité. Pour moi, c’est aussi une forme de médecine. »

À l’image de Stéphanie Tenasco, des figures engagées et actives dans leur communauté trouvent au Centre d’innovation des Premiers Peuples un accompagnement précieux pour découvrir leur plein potentiel et s’épanouir, tant sur le plan personnel que professionnel.


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