Un texte de José Lafleur 

Avec ses 118 places, on dit du Théâtre de l’Île qu’il est « le plus petit des grands théâtres québécois ». Niché dans un bâtiment patrimonial qui date de 1886, il peut également se vanter d’être le seul théâtre municipal au Québec. 

Sa programmation composée de productions professionnelles et communautaires attire, bon an mal an, plus de 600 abonné·es et 10 000 spectateur·trices. Depuis déjà 50 ans. Les gens y sont fidèles et pour cause, car juste avant le début de chaque représentation, on nous lance chaleureusement un beau « bienvenue chez vous, bienvenue au Théâtre de l’Île! ». Comment résister. 

La verrière du Théâtre de l’Île captée lors de l’entracte de « La cousine Germaine ». Crédit : José Lafleur. 

Parmi ces âmes fidèles, Chantal Chamberland. Native du Vieux-Hull, ça fait 36 ans qu’elle travaille fièrement comme commis-caissière au Théâtre de l’Île. Quand on lui demande à quand la retraite, elle répond tout bonnement, du tac au tac, « je suis bien ici, je vais partir quand ça va me tenter ». Parce que c’est vrai qu’il fait bon de se retrouver au Théâtre de l’Île, lové entre les murs de pierre légendaires pour se laisser transporter, l’instant d’une production théâtrale, d’ici ou d’ailleurs. 

Chantal Chamberland : 36 ans de passion au service du Théâtre de l’Île

C’est un concours de circonstances ou plutôt, un concours de « connaissances » qui a amené Chantal à travailler au Théâtre de l’Île. C’est que sa réputation de travaillante et de vaillante la précédait. 

Dans sa jeunesse, elle est rapidement initiée au bénévolat. « S’entraider les uns les autres et rendre service, c’était important pour mes parents », confie celle qui a notamment été bénévole aux Jeux du Québec. « J’étais au réveil des athlètes. Je m’en rappelle très bien parce que c’était de bonne heure! », lance-t-elle en riant. Aussi, comme l’une de ses amies était aux prises avec la paralysie cérébrale, elle a souvent donné généreusement de son temps pour emballer des cadeaux au profit de cette cause, pendant la période des Fêtes, aux Galeries de Hull.  

Dès l’âge du secondaire, durant la période estivale, Chantal commence à travailler au réfectoire chez les Sœurs Grises. « C’est ma voisine qui m’avait fait rentrer. J’épluchais des patates au sous-sol et je faisais du café (parfois salé!) ». Et, pendant qu’elle complète son cours professionnel long en coiffure et esthétique pour femme à l’école secondaire de l’Île le jour, elle travaille comme réceptionniste au Collège Saint-Joseph de Hull, les soirs et les fins de semaine. 

En 1982, alors qu’elle complète son premier programme, elle décide de parfaire ses compétences. « Je suis finalement restée un an de plus pour faire le cours en coiffure pour hommes et quelques cours de français. On peut donc dire que j’ai gradué deux fois plutôt qu’une de la même école », dit-elle à la blague. 

Dès ses premiers stages, Chantal doit malheureusement se rendre à l’évidence. Son nouveau métier est physiquement difficile et elle cumule plusieurs maux de dos. Se succèdent alors différents boulots en tous genres et du bénévolat pour diverses causes. Ses antennes demeurent cependant ouvertes, à la recherche d’un nouveau défi professionnel qui saura la combler. C’est alors qu’elle tombe sur l’offre d’emploi de commis-caissière au Théâtre de l’Île. « Lorsque je suis allée porter mon curriculum vitae, la dame m’a reconnue », se rappelle-t-elle. « Elle savait que j’étais sérieuse et travaillante. Elle m’a tout de suite recommandée au gestionnaire ». C’est ainsi qu’en janvier 1990, Chantal débute son histoire d’amour avec le Théâtre de l’Île. 

Chantal Chamberland, commis-caissière au Théâtre de l’Île. Crédit : José Lafleur. 

Chantal Chamberland au Théâtre de l’Île : les débuts et Gilles Provost

Avant d’y travailler, Chantal a été spectatrice. C’est grâce à la femme de son cousin qu’elle se retrouve, pour la première fois, dans l’enceinte du Théâtre de l’Île. « À Noël, ma cousine par mariage nous avait offert des billets. En arrivant, je me rappelle avoir dit tout haut, c’est vraiment beau ici ». 

Et aujourd’hui, elle le trouve toujours aussi beau cet ancien château d’eau. « Le pont en pierre et maintenant la verrière, je trouve ça beau l’évolution et les rénovations. On a de jolis jardins, les clients aiment les fleurs et plusieurs viennent prendre leurs photos de mariage ici ». 

Le ruisseau de la Brasserie et les alentours du Théâtre de l’Île. Crédit : José Lafleur. 

À son arrivée au Théâtre, c’est le directeur artistique de l’époque, Gilles Provost qui l’accueille et la prend sous son aile. « C’était un grand farceur Gilles », mentionne affectueusement Chantal. « Avec le plus grand sérieux du monde, un jour il me dit, tu sais que pour vendre des billets ici, il y a une règle. Il faut aller danser sur le pont ». Et cette douce folie a été la trame de fond de leur amitié qui s’est développée au fil des ans, où ils ont travaillé ensemble. 

Chantal, c’est un petit bout de femme, au franc-parler, qui du haut de ses 62 ans déborde encore d’énergie. Avec elle, on a toujours l’heure juste. Bienveillante, elle aime sa clientèle, elle la connaît et n’hésite pas à la conseiller. Elle est aussi toujours à l’écoute, « avec l’air climatisé, les dames ont parfois froid. Je me suis donc organisée pour qu’on achète des pashminas pour pouvoir leur prêter lorsque c’est plus frisquet, les soirs de spectacle ». 

Cette passion pour le service à la clientèle et le Théâtre de l’Île, elle la transmet à la relève puisque c’est elle qui forme l’équipe de commis-caissier·ères. « C’est important de voir les pièces qui sont présentées ou du moins, de lire les scénarios si on veut être en mesure de bien répondre aux clients ». 

Et quand on lui parle des pièces présentées au cours de sa carrière, c’est simple, elle les a pratiquement toutes vues. Son coup de cœur? « Le soldat de chocolat », répond-elle spontanément. « Cette pièce-là m’a vraiment marquée. Les comédiens étaient fantastiques et que dire des costumes d’époque. Je m’en rappelle encore ». 

Des moments marquants comme celui-ci, le Théâtre de l’île a su en créer et en mettre en scène pendant 50 ans. Et il continue d’en offrir, encore cette saison. 

Programmation 2026-2027 du Théâtre de l’Île : pièces et dates à retenir

Sur les planches cette année, 16 comédien·nes professionnel·les et concepteur·trices de la région participeront à quatre productions professionnelles, alors que 10 citoyen·nes-acteur·trices prendront part à une production communautaire. 

Lancement de la programmation 2026-2027 du Théâtre de l’Île, où la présidente de la Commission des arts, de la culture, des lettres et du patrimoine et conseillère municipale du district de l’Orée-du-Parc, Mme Isabelle N. Miron (en haut à droite), et la responsable du Théâtre de l’Île, Mme Isabelle Cloutier, sont accompagnées de plusieurs artistes de la prochaine saison. Crédit : Ville de Gatineau. 

Bébé d’Hull, Point Nemo, CLUE : les 5 productions au Théâtre de l’Île en 2026-2027

Pour tous les détails sur chacune des productions et vous procurer des billets, visitez le site Web de la Ville de Gatineau. Et maintenant… Place au théâtre! 

Pssst! Détenteurs d’une carte Accès Gatineau+, obtenez un rabais de 15 % sur les représentations du mercredi soir au Théâtre de l’Île.

Un texte de José Lafleur 

« L’Orchestre symphonique de Gatineau (OSG) fait vibrer la musique classique tout en célébrant la diversité des styles, offrant un tremplin à la relève et mettant en lumière les artistes d’ici et d’ailleurs », peut-on lire sur leur site Web. Dominic Gauthier, aujourd’hui contrebassiste professionnel, peut en témoigner. 

En effet, son premier contact avec l’OSG remonte à 2016, alors qu’il était étudiant au Conservatoire de musique de Gatineau. « On avait joué Carmina Burina, à la salle Odyssée de la Maison de la culture de Gatineau », se rappelle-t-il. 

10 ans plus tard, Dominic s’apprête à rejouer cette même pièce, au même endroit, en concert d’ouverture de la 20e saison de l’OSG, mais cette fois-ci, à titre de musicien professionnel. 

Dominic Gauthier, contrebassiste professionnel, Orchestre symphonique de Gatineau. Crédit : Chris Morgan / Morgan Marketing.  

Du génie mécanique au Conservatoire de musique de Gatineau : une reconversion musicale

C’est que la musique s’est tout doucement infiltrée dans la vie de Dominic. Tout d’abord, avec ses chums avec qui il a joué dans de nombreux bands de garage. Ensuite, via le programme Tout en musique de l’école primaire Massé, où il a touché à pas mal tout, allant des harmonies et chorales, aux ensembles de percussions et divers instruments. « C’était génial! », dit-il. Cette passion l’a aussi suivi pendant son secondaire, mais c’est au niveau collégial que le déclic s’est réellement fait. 

Cheminant au sein du programme de génie mécanique au Cégep de l’Outaouais, Dominic a réalisé au fil des ans qu’il se cherchait, se posait énormément de questions quant à son avenir. « J’ai dû me rendre à l’évidence que les cours de musique que je suivais en dehors du Cégep me faisaient plus tripper ». Lui qui ne vient pas d’une famille de musiciens, s’est donc permis quelques recherches pour voir si une carrière en musique était même envisageable. 

C’est ainsi qu’il a fait la découverte du Conservatoire de musique de Gatineau. « J’ai parlé avec un professeur pour lui expliquer mon parcours. Comme je jouais déjà de la basse électrique, il m’a tout de suite invité à venir essayer la contrebasse. Il m’a dit que ça pourrait être un bon fit pour moi », confie Dominic. « J’y suis allé et j’ai adoré! Une fois sur place, ils m’ont prêté un instrument et j’ai pu pratiquer trois à quatre fois par semaine pour me préparer aux auditions. J’ai aussi suivi quelques cours ». 

Du haut de ses 19 ans, Dominic a dû débuter son parcours musical par une année en préconservatoire pour une importante mise à niveau. « Si tu veux espérer faire une carrière comme musicien professionnel, habituellement tu commences dès l’école primaire. Pour la contrebasse, c’est généralement à la mi-adolescence. J’ai donc travaillé très fort pour me rattraper », dit celui qui étudiait à l’époque, avec des jeunes de 13-14 ans. 

Débuts comme contrebassiste professionnel : de Montréal aux orchestres du Québec et de l’Ontario

Bien en selle sur son X, Dominic a poursuivi ses études universitaires au Conservatoire de musique de Montréal. « Les talents venaient de partout pour étudier, le niveau était très compétitif. C’était une belle motivation! ». 

Et motivé il était, car à la suite de son baccalauréat, Dominic a acheminé son curriculum vitae à divers orchestres aux quatre coins du Québec et de l’Ontario. « C’est un métier qui nous demande beaucoup de polyvalence, on doit aimer se déplacer », dit-il en riant au bout du fil. L’instant d’un concert ou deux, à titre de musicien professionnel surnuméraire ou, pigiste si vous préférez, il a ainsi joint les rangs de l’Orchestre Symphonique de Trois-Rivières, de l’Orchestre de l’Agora de Montréal, du Ottawa Symphony Orchestra et du Niagara Symphony Falls pour n’en nommer que quelques-uns. Et c’est en 2022 que Dominic a collaboré, pour la première fois, à titre de contrebassiste professionnel avec l’Orchestre symphonique de Gatineau. 

L’Orchestre symphonique de Gatineau à l’église de Saint-Grégoire-de-Nazianze, à Buckingham. Crédit : Chris Morgan / Morgan Marketing.  

De retour à Gatineau après ses études montréalaises, Dominic a réussi à terminer ses études au deuxième cycle universitaire et à obtenir, en 2026, sa maîtrise. Aujourd’hui, afin de vivre pleinement de sa carrière parsemée de musique, en plus de sa présence au sein de l’OSG, il enseigne au programme Boîte à musique du Centre de pédiatrie sociale de Gatineau. Il est également professeur privé de contrebasse et enseignant à l’École de musique de l’Outaouais. Dominic prête aussi un fier coup de main administratif à la Société de musique de chambre de Gatineau. 

Contrebasse et polyvalence : jouer du classique, du folk et du jazz à Gatineau

« La contrebasse, c’est un instrument hyper polyvalent qui se prête bien à différents styles de musique », explique Dominic. « Et ça tombe bien, car j’aime vraiment les univers classique, folk et jazz. Je me suis donc promis de me démarquer [des autres musiciens] par ma polyvalence ». 

D’ailleurs, selon lui le jazz est un jeu musical, « c’est un thème avec des accords et des improvisations. C’est un langage que j’ai appris à maîtriser et qui me sert bien lorsque l’on joue des répertoires plus populaires ». 

Programmation 2026-2027 de l’OSG : six concerts à la salle Odyssée de Gatineau

Pour la saison 2026-2027 qui souligne son 20e anniversaire, l’OSG s’offre six concerts éclectiques qui seront présentés à la salle Odyssée de la Maison de la culture de Gatineau. « C’est une belle programmation qui permet de rejoindre ou d’initier différents publics », mentionne Dominic. « Et grâce à l’OSG, on continue de cultiver cette culture classique qui a débuté, il y a plus de 40 ans à Gatineau, avec l’Orchestre de chambre de Hull ». 

Le musicien polyvalent qu’est Dominic est d’ailleurs bien heureux de pouvoir naviguer différents univers cette saison. « Beethoven, c’est tough à la contrebasse. Nos pages sont pleines de notes, ça demande une concentration hors pair. Jouer des symphonies comme celle-ci, c’est digne d’un programme olympien. J’adore ça! ». 

Partition pour contrebasse, 5e Symphonie de Beethoven. Crédit : Dominic Gauthier.  

Et celui qui flirt régulièrement avec le jazz et le folk, est comme un poisson dans l’eau quand vient le temps de jouer des répertoires plus pop. 

À surveiller : Geneviève Leclerc, Symphoniquement Rock ! et Beethoven à la salle Odyssée

Notamment à surveiller au cours de la prochaine saison, L’Amour en rappel de Geneviève Leclerc qui chantera du Piaf, Bécaud, Dalida et Plamondon. 

Geneviève Leclerc au lancement de la saison 2026-2027 de l’Orchestre symphonique de Gatineau. Crédit : Chris Morgan / Morgan Marketing.  

Aussi, Symphoniquement Rock! qui se veut un hommage à des groupes de musique tels que Queen, Supertramp, Genesis et Metallica. 

« Ces concerts-là sont une belle occasion de découvrir ou de redécouvrir la musique classique, aussi de l’apprivoiser », nous recommande chaudement Dominic. 

Pour tous les détails de la saison 2026-2027 de l’Orchestre symphonique de Gatineau ainsi que réserver vos billets, visitez leur profil sur Tout culture. 

Un texte de José Lafleur 

Rares sont les personnes qui, sur leur curriculum vitae, peuvent affirmer avoir occupé, tour à tour, les métiers de productrice de télévision et d’éleveuse de chèvres. Très rares en fait. Pourtant, c’est le cas d’Amélie Blanchard qui est aussi fondatrice de son « festival de rêve », le Festival de la fibre Twist qui aura lieu du 7 au 9 août, à Saint-André-Avellin. 

Cette 14e édition réunira encore une fois, près de 8 000 personnes dans la Petite-Nation. Des gens tous passionnés par les métiers de tradition, les fibres naturelles, les animaux et le savoir-faire.  

Au menu : un marché textile et des fournitures spécialisées, des ateliers interactifs, des démonstrations et des activités pour les enfants.  

Marché textile. Crédit : Laure Poiret. 

Amélie Blanchard : la fondatrice derrière le Festival de la fibre Twist

« Je suis en train de tremper de la laine, je fais de la teinture aujourd’hui », lance tout bonnement Amélie, au bout du fil. « Je vais aller m’asseoir pour me concentrer ». Et c’est ainsi qu’elle se raconte (ou raconte son fabuleux destin, c’est selon). 

Amélie Blanchard, fondatrice du Festival de la fibre Twist. Crédit : Amélie Blanchard. 

Franco-ontarienne native d’Ottawa, Amélie est habitée par l’univers télévisuel. C’est ce qui l’amène à réaliser un baccalauréat en télévision à l’Université du Québec à Montréal, l’UQAM. Pendant une douzaine d’années, elle produit des documentaires et des séries pour le Web. Certaines coproductions l’amènent notamment en France et en Italie. « J’ai beaucoup voyagé », se rappelle-t-elle. 

En marge de cette carrière florissante, elle et son conjoint caressent le rêve de fonder un projet commun. En 2008, ils trouvent une ferme dans le patelin de Saint-André-Avellin et achètent deux petites chèvres. « C’était mon trip country pour la fille de ville que je suis », dit Amélie en rigolant. Et ainsi, pendant quelques années, se chevauchent ses deux métiers de productrice télé et d’éleveuse de chèvres. « Gérer des équipes à distance, ce n’était pas évident », admet Amélie. En 2012, elle décide alors de se lancer à temps complet, de plonger et de s’assumer pleinement comme entrepreneure. 

De la ferme de chèvres cachemire à un festival de laine au Québec

« J’avais plein d’idées! », s’exclame la curieuse, passionnée et déterminée Amélie, « mais je devais d’abord apprendre les rouages du métier d’entrepreneure ». Elle participe donc à un incubateur agricole avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, la MAPAQ. Elle complète un diplôme d’études collégiales en lancement d’entreprise agricole. Et, au travers de tout ça, elle démarre son projet de ferme, La chèvre d’œuvre. Ce qui a débuté comme un projet d’élevage d’animaux reproducteurs et pour la viande, est aujourd’hui devenu une ferme de chèvres cachemire. « Quand j’ai découvert ces chèvres-là, il y a quelque chose qui a titillé en moi. Je suis tombée dans la marmite ». Sa ferme compte aujourd’hui, une cinquantaine de ces attachantes chèvres cachemire. 

Lors d’une formation au Olds College of Agriculture & Technology, en Alberta, elle tombe sur un festival, où plein de jeunes travaillent avec des rouets et tripent sur la fibre. « C’est à ce moment-là que je me suis dit qu’un festival de laine ça n’existait pas vraiment au Québec. J’avais envie d’une formule inspirante, moderne, je voulais dépoussiérer les arts textiles ». Et c’est ainsi qu’elle commence à visualiser son « festival de rêve ». 

Atelier de teinture de laine. Crédit : Laure Poiret. 

Pour bien le préparer et le tisser ce festival de rêve, elle se joint au Cercle des fileuses de Ripon et, tour à tour, elle apprend à travailler avec un rouet, à filer, à préparer et à teindre la laine. À tondre les moutons aussi. « J’ai également participé à un camp de filage dans le Vermont donné par une artiste californienne », mentionne-t-elle. 

« Mes aptitudes en gestion, trouver des fonds, travailler avec les artistes, ça fait partie de mon background ». Ses connaissances en marketing, en branding et en communication ainsi que son carnet de contacts bien garni lui ont aussi bien servi. 

Métier à tisser. Crédit : Laure Poiret. 

Programmation 2026 : que voir et faire au Festival de la fibre Twist ?

 Amélie et sa petite équipe nous donnent donc rendez-vous au Complexe Whissell, au cœur de la municipalité de Saint-André-Avellin. Et on ne sera pas les seul·es. Selon la fondatrice, le côté festif et interactif du festival en attire plusieurs. « Les festivaliers viennent d’un peu partout, mais surtout du Québec, de l’Ontario et des maritimes. Il y a aussi quelques Américains », confirme Amélie.  

Marché textile : plus de 130 artisans et créateurs textiles

À lui seul, le marché textile réunit plus de 130 artistes et artisan·es textiles. De la broderie au tissage en passant par le tricot et le filage, les festivalier·ères peuvent y dénicher une gamme de fournitures spécialisées. Aussi, des œuvres uniques. 

Ateliers de tricot, filage, teinture naturelle et crochet

« Pour les ateliers, c’est simple. Tu t’inscris et tu viens faire quelque chose avec tes mains », lance Amélie. Et des ateliers interactifs et des démonstrations, il y en a pour tous les goûts (crochet, vannerie, impression textile, teinture naturelle, etc.). « On a même Marjolein Dallinga, une costumière renommée du Cirque du Soleil qui donne l’un des ateliers de feutrage », dit-elle fièrement. 

Activités pour enfants et démonstrations de chiens de berger

En nouveauté cette année, un chapiteau animé de bord en bord toute la fin de semaine, avec des activités pour les enfants comme la corde à danser en laine et des ateliers de feutrage et coloriage. Les démonstrations de chiens de berger sont aussi toujours très populaires. 

Démonstration de chiens de berger. Crédit : Laure Poiret. 

Musique et gastronomie locale

Et pour compléter le tout, des performances musicales offertes en partenariat avec le Festival de musique Ripon Trad et une foire alimentaire regroupant des producteurs et restaurateurs de chez nous. 

Comme vous êtes à même de le constater, nombreuses sont les raisons de mettre le cap vers la Petite-Nation et d’aller découvrir ou redécouvrir ce Festival unique en son genre et surtout, ses artisan·es, dont Amélie. 

Pour la programmation complète et s’inscrire aux ateliers, visitez le site Web du Festival de la fibre Twist. 

*** 

Pssst : si vous ratez le Festival, que vous êtes passionné par les arts textiles et à la recherche de fournitures spécialisées, arrêtez-vous chez Wööl emporium de laine, à Montebello. C’est le magasin qu’Amélie a ouvert en pleine pandémie!

Un texte de José Lafleur

Lové aux abords du lac du même nom, Le Presbytère de Blue Sea, dans la Vallée-de-la-Gatineau, est devenu, au fil des ans, le cœur du village. Un lieu accueillant, vibrant et inclusif, où il fait bon se rassembler pour créer, exposer, jouer, échanger et apprendre les uns des autres. Résident·es, vacancier·es et visiteur·trices sont les bienvenu·es.

« Entre vernissages éclatés, symposium artistique, performances musicales, ateliers, rencontres humaines et moments de pur émerveillement… il y aura mille raisons de venir vivre le Presbytère avec nous », peut-on d’ailleurs lire sur leur page Facebook lors du dévoilement de la programmation estivale 2026.

Ce lieu, qui a su se frayer un chemin au sein de cette communauté rurale, est le fruit d’une vision caressée par l’artiste peintre, Sylvie Grégoire.

Une artiste à l’origine d’un lieu culturel rassembleur 

Sylvie, c’est une fille de Hull qui a passé quasi tous ses étés à Blue Sea. À ses 18 ans, le chalet familial devient leur résidence principale. L’amour de la nature et des grands espaces l’anime, l’inspire depuis toujours. Encore aujourd’hui, dans sa « petite cabane » située tout près du lac, où elle peint à temps complet.

Durant son adolescence, elle tombe sous le charme fou de la femme d’à côté, Mme Rousseau, la mère d’une famille haïtienne emménagée dans le lodge voisin. « Cette femme accueillait, rassemblait tout le monde, je l’aimais d’amour », raconte affectueusement Sylvie. « Son fils Jimmy ne m’intéressait pas à l’époque, mais notre longue amitié s’est transformée en une réelle histoire d’amour. Ça fait 40 ans qu’on est ensemble et on a deux beaux grands garçons ».

Bachelière en arts visuels, Sylvie crée beaucoup. Tout le temps. Avec les années, ses compétences et sa bienveillance envers autrui l’amènent à enseigner. D’abord en francisation, puis en arts visuels auprès de jeunes adultes aux prises avec des défis de santé mentale ou vivant avec une déficience intellectuelle, du côté de Maniwaki. « L’art, c’est thérapeutique », mentionne Sylvie. « Quand ils créaient, on ne les entendait pas de la journée. Ils étaient complètement en éveil, dans le moment présent. J’étais passionnée par leur travail ».

Et ces œuvres, l’art « brut » de ses étudiants, Sylvie tenait à les exposer, mais à l’époque, les lieux d’exposition se faisaient rares dans la Haute-Gatineau.

Au-delà de la chasse et de la pêche, la culture en milieu rural 

Comme dans plusieurs municipalités du Québec, au début des années 2010, Blue Sea fait l’acquisition du presbytère afin de lui donner une deuxième vocation. « On voulait en faire un grand restaurant », se rappelle Sylvie. « Je leur ai dit, ce n’est pas d’un restaurant, mais d’un projet d’économie sociale qu’on a besoin ici. Moi j’en ai un projet pour vous. Vous ne ferez pas d’argent, mais ça va être porteur ».

Vendre l’idée de la culture dans un milieu naturellement axé sur la chasse et la pêche n’a pas été facile. Le projet a connu quelques oppositions, mais une fois la communauté ralliée et le presbytère restauré, comme on dit en anglais, the rest is history.

Une équipe s’est alors mise en place pour former le premier conseil d’administration, « on était une gang vraiment dynamique », dit Sylvie. Les expositions ont pris forme, une bibliothèque de livres d’art aussi, même un jardin de légumes biologiques. Les gens du coin et les visiteurs ont commencé à s’arrêter. « Il y a tellement de gens qui sont venus me raconter leur enfance à Blue Sea ou encore, que leur père écrivait de la poésie dans le coin et voulaient laisser le recueil sur place. D’autres me confiaient travailler ou être parents de jeunes déficients intellectuels ».

Bibliothèque de livres d’art. Crédit : Le Presbytère de Blue Sea.

Les gens ont également commencé à venir prendre le thé dans les théières dénichées par Sylvie et à placoter les dimanches après-midi. « Une grosse soupe aux lentilles parfumait les locaux », se rappelle Sylvie. Ce genre de rituel s’est installé tout doucement, tout naturellement. Et le Presbytère est ainsi devenu le repère de toute une communauté. Au-delà des arts visuels.

Jam musical extérieur. Crédit : Le Presbytère de Blue Sea.

Un lieu vivant qui continue de rassembler la communauté

Elle voulait organiser une journée sportive à Blue Sea, sur les lieux du Presbytère. Elle, c’est Nathalie Jobin, une infirmière semi-retraitée de Maniwaki. « Je suis donc allée faire un pitch aux membres du conseil d’administration pour mettre sur pied un événement qui rallierait les arts et l’activité physique », se rappelle-t-elle. Mission accomplie, car La Vallée en mouvement est aujourd’hui, devenue une tradition automnale, voire une religion au sein de la municipalité.

Et c’est en s’impliquant ainsi que Nathalie a repris le flambeau et accepté, en 2019, la présidence du conseil d’administration du Presbytère de Blue Sea. « Par l’art, on continue d’instaurer des rencontres, de développer notre mission sociale et communautaire ». 

La Ruche d’art du Blisse : créer des liens par l’art

En effet, depuis juin 2025, grâce à l’appui du Centre intégré de santé et des services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), est née La Ruche d’art du Blisse. « Avec ce projet, on veut briser l’isolement en milieu rural et éveiller le côté artistique chez les jeunes et moins jeunes, car on a tous un artiste qui sommeille en nous », mentionne Nathalie d’une voix souriante.

Des ateliers créatifs pour tous les âges 

Les ateliers, en création libre ou guidée, rassemblent les gens de tous âges et deviennent par la bande, des occasions d’échange et de partage. Diverses thématiques sont offertes telles que des ateliers de broderie, de construction de cabanes d’oiseau, de peinture ou encore, d’initiation au djembé.

Atelier de création à La Ruche d’art du Blisse. Crédit : Le Presbytère de Blue Sea.

Aujourd’hui, une dizaine de magnifiques sculptures de l’artiste de Val-des-Monts, Béla Sìmo orne les alentours du Presbytère. Les villageois s’y rencontrent régulièrement pour créer, mais aussi, pour cuisiner, faire des casse-têtes, jouer à des jeux de société, aux cartes ou aux échecs. Aussi, pour chanter et jouer de la musique ensemble. Des fêtes s’organisent, car toutes les excuses sont bonnes pour réunir la communauté. 

Œuvres de l’artiste, Béla Sìmo devant Le Presbytère de Blue Sea. Crédit : Marjolijn Thie-ter Beek.

Un hommage à Sylvie Grégoire

Cet été, en guise de reconnaissance, l’une des salles du Presbytère sera dédiée à l’artiste Sylvie Grégoire. Cette dernière pourra y exposer ses œuvres dans le lieu qu’elle a su rêver et fonder, Le Presbytère de Blue Sea.

Visitez le Presbytère de Blue Sea cet été et découvrez sa programmation

Si vous prévoyez partir en cavale cet été, assurez-vous de mettre le cap vers la municipalité de Blue Sea et de vous arrêter au Presbytère, dans la Vallée-de-la-Gatineau. Vous y serez certainement chaudement accueillis par une vibrante communauté humaine et artistique.

À surveiller au cours de l’été 2026 :

Et pour ne rien rater, visitez le site Web du Presbytère de Blue Sea ou encore, leur page Facebook.

Un texte de José Lafleur 

Une école de théâtre musical reconnue en Outaouais depuis 1991 

Fondé par une femme de cœur, L’Artishow offre depuis 1991, des formations en théâtre musical, en chant et en danse aux jeunes de 5 à 17 ans. Même aux adultes. C’est également la création et la production de nombreuses œuvres originales, professionnelles et communautaires, diffusées ici ou ailleurs. Certaines sont d’ailleurs offertes en formule tournée scolaire pour stimuler le théâtre musical au Québec. L’Artishow offre aussi des camps d’été et un programme de théâtre musical-études. Et nombreux sont les jeunes de talent qui ont transité par cette école bien enracinée dans la communauté et qui ont pu déployer leurs ailes sous la bienveillance de la fondatrice, Jo-Anne Donoghue et de son équipe. 

Aujourd’hui, Les productions musicales L’Artishow ont pignon sur rue au 217, rue Montcalm, dans le secteur de Hull, à Gatineau. 

Murale ornant les locaux de L’Artishow. Crédit : José Lafleur. 

Le parcours de Jo-Anne Donoghue, fondatrice de L’Artishow 

Des débuts marqués par la musique et le chant classique 

Originaire d’Ottawa, Jo-Anne fait son primaire et son secondaire en Ontario. Elle apprend à jouer de la mandoline et de la guitare. Elle chante aussi au sein du trio chansonnier Balise et participe à une tournée franco-ontarienne en sol québécois. Cette tournée l’amène à faire la première partie de Micheline Scott et à découvrir la scène culturelle québécoise. À l’issue de cette tournée, on lui recommande chaudement de poursuivre ses études en musique. C’est que Jo-Anne chante très bien ce qui lui permet d’être acceptée en chant classique au Conservatoire de musique de Gatineau. 

« Ils m’ont pris parce que j’avais un type de voix particulier et plutôt rare, celle d’une future soprano dramatique. Ils ont vu mon potentiel et m’ont donné ma chance. À l’époque, je n’avais aucune notion en chant classique. J’apprenais et je chantais par instinct », confie Jo-Anne. « Ils m’ont acceptée, mais avec beaucoup de conditions ». 

C’est qu’elle est autodidacte. Aucun cours de chant ni d’instrument de musique. Et cet instinct naturel dicte, encore aujourd’hui, ses choix, son parcours de vie et de carrière. 

La création de L’Artishow et du spectacle Chanteurs de pomme 

« Dans ces années-là, si on voulait poursuivre nos études et faire carrière dans le domaine, ça se passait en Europe », raconte Jo-Anne. « Mais j’étais peureuse à l’époque et je n’étais même pas certaine de vouloir faire une carrière comme chanteuse classique. Une fois mon programme terminé au Conservatoire, je suis donc allée étudier à l’Université d’Ottawa ». Ses études ont cependant été interrompues puisqu’elle est tombée enceinte de son premier garçon, Tristan. 

En plus de son rôle de nouvelle-maman, Jo-Anne réalise des mandats en design graphique pour des compagnies. De fil en aiguille, elle est embauchée par le Musée d’Aylmer (un petit musée jadis situé sur la rue Principale) pour développer tout l’aspect visuel. Ce projet est financé par un programme de subvention et une fois ce dernier complété, l’agent responsable du programme lui demande tout bonnement « est-ce qu’il y a quelque chose que tu aimerais développer sur le plan culturel en Outaouais? ». Et Jo-Anne de lui répondre spontanément « oui, j’aimerais ça écrire et mettre en scène un opéra rock avec des jeunes ». Et c’est ainsi que la subvention lui est accordée et qu’est née, en 1991, la toute première œuvre originale en théâtre musical créée et produite par L’Artishow : Chanteurs de pomme. 35 ans plus tard, cette production est toujours offerte dans le cadre des tournées scolaires. 

Chanteurs de pomme. Crédit : Les productions musicales L’Artishow. 

Une école qui a formé de nombreux artistes québécois 

« Plusieurs personnes se sont greffées à ce premier projet. On a fait un appel à tous et une centaine de jeunes sont venus passer les auditions. Il y avait une grande demande, mais pas beaucoup d’opportunités en Outaouais dans ces années-là », se rappelle Jo-Anne. Elle s’est aussi rendu compte que plusieurs jeunes avaient du talent, mais nécessitaient de l’encadrement, de la formation et des cours de chant. Ce fut donc à son tour d’investir en eux. De développer leur potentiel comme le Conservatoire l’avait fait avec elle. 

Aujourd’hui, nombreux de ces jeunes font carrière dans le domaine artistique, dont notamment, Patrice Bélanger, Ariane Gauthier (Ari Cui Cui), Eva Avila, Laurence Latreille, Manuel Gasse, Jordan Donoghue, Renée Wilkin, Geneviève Leclerc et Nicolas Dromard. 

Camps d’été L’Artishow. Crédit : Les productions musicales L’Artishow. 

Une approche humaine et familiale : mentorat des jeunes talents

Mère de sang et de cœur 

« Je ne planifiais pas avoir d’enfant », confie-t-elle en riant. Et pourtant. Jo-Anne est la très fière maman de « trois belles surprises », Tristan, Morgane et Jordan, comme elle aime si bien les appeler. Elle est aussi grand-maman deux fois. Et mère de cœur de milliers de jeunes aux talents multiples. 

« Ils m’écrivent encore. Je m’en viens en Outaouais, est-ce qu’on peut prendre un café ensemble? ». Ces jeunes, ce sont ses anciens élèves de L’Artishow qui travaillent désormais dans le milieu artistique. Encore aujourd’hui, ils ont besoin de ses lumières, de son opinion, de ses conseils. Ils veulent lui partager ce qu’ils vivent. Ce qui les anime. C’est qu’elle est bienveillante, douce et généreuse cette Jo-Anne. Ça s’entend tout de suite. Pas étonnant que les jeunes veuillent garder contact avec elle. 

Une grande famille artistique qui traverse les générations 

Plusieurs des personnes qui gravitent autour de L’Artishow, dont notamment les professeurs, sont d’anciens élèves. Et certains élèves sont les enfants des anciens étudiants. Jo-Anne a également le bonheur de collaborer avec ses enfants et plus particulièrement, avec son fils aîné, Tristan Paquin. Ce dernier a été étudiant, artiste, ensuite professeur et il œuvre maintenant comme directeur de production et agent de tournée. 

Des projets créatifs en continu avec Tristan Paquin 

« Travailler avec Tristan c’est tout un privilège. On se ressemble, on est tous deux visionnaires, rêveurs », dit fièrement Jo-Anne. « C’est très facile de se comprendre, à plein de niveaux. On a énormément de conversations ce qui facilite les choses ». Une même passion les anime. L’une de leurs premières cocréations, basée sur une expérience de vie de Tristan à l’ère du numérique, fut Le héros des héros. Et mère et fils en sont aujourd’hui, à développer Appelez-moi Jean.  

Jo-Anne Donoghue et son fils, Tristan Paquin. Crédit : Lévy L. Marquis pour L’Avant-première. 

Pourquoi découvrir le théâtre musical avec L’Artishow 

Aujourd’hui, Jo-Anne a 65 ans, dont 43 belles années ont été consacrées à enseigner le chant. Ce qu’elle souhaite avant tout, c’est que les gens s’ouvrent et découvrent davantage le théâtre musical, « qu’ils viennent voir nos shows, viennent l’essayer, le vivre. Chant, danse, théâtre, c’est extraordinaire ces trois disciplines-là. C’est comme apprendre trois langues en même temps! ». 

Programmes, camps et productions à venir à Gatineau

Pour en savoir davantage sur les diverses formations, les productions communautaires et professionnelles ainsi que les tournées scolaires, rendez-vous sur le site Web de L’Artishow. 

Un texte de José Lafleur 

Prenant d’assaut quelques-unes des bonnes adresses du Vieux-Aylmer, à Gatineau, le Festival Transistor est l’instigateur, depuis déjà 10 ans, de rencontres inédites entre créateur·trices et mordus de baladodiffusions en tous genres. Au menu : tables rondes de discussion, séances d’écoute collective ou immersive, mises en récit avec prestation et même, un gala de lutte. Parce que oui, la lutte a su développer son créneau au sein des podcasts. Bref, tous y trouvent leur compte. En commençant par le duo fondateur, Steven Boivin et Julien Morissette. 

C’est que ces gars-là aiment se faire raconter des histoires. Depuis qu’ils sont tout-petits. Ou en raconter, c’est selon. 

« Créer, formuler et partager des récits en puisant dans le conte, c’est l’ADN qui dicte nos projets des 10 dernières années », mentionne fièrement Morissette. 

En jasant avec ces gars-là, on sent tout de suite leur complicité, la passion qui les anime, les unit. Et tout ça a commencé par la musique. Pour la courte histoire, Julien jouait au sein du groupe Tracteur Jack, alors que Steven faisait partie de Langue de chemise. « On se connaissait sans se connaître », se rappelle Boivin. « On s’est officiellement croisé quand Joanie Michaud a fait appel à nous comme musiciens. Pas longtemps après, Julien montait une « carte blanche » à l’espace René-Provost. Il m’a dit amène ta guitare, j’ai quelque chose pour toi ». 

L’amitié, l’amour des univers sonores et de l’Outaouais. 

Cette « carte blanche » fut la première mouture de « En direct de » avec David Thibodeau, Martin Vanasse, Jean-Denis Scott, Julien Morissette et Steven Boivin. Un balado présenté devant auditoire par une gang de chums. Il n’en fallait pas plus pour déclencher quelque chose chez Julien et Steven. 

Les cofondateurs du Festival Transistor, Julien Morissette et Steven Boivin. Crédit : Etienne Ranger, LeDroit. 

Tous deux forts d’un background musical et de diffusion, ils ont décidé de jumeler leurs forces ainsi que leur passion pour la radio, un médium sonore qu’ils affectionnent particulièrement, les univers sonores et la mise en récit. La région de l’Outaouais aussi. Les gens, les rencontres et les échanges francs, tout autant.  

Sortir les créateurs des studios : l’ADN du festival 

« On voulait sortir les créateurs des studios, les présenter aux auditeurs. Les auteurs eux, ont cette chance avec les salons du livre. Ça existait ailleurs, mais pas ici. On voulait intégrer ça dans l’offre culturelle de Gatineau », dit Morissette. 

Festival Transistor 2019. Crédit : Lévy L. Marquis. 

« Au lieu d’aller à Montréal comme plusieurs, on avait le goût de créer chez nous, avec des talents de la région, et d’attirer d’autres artistes à venir travailler en Outaouais », confie Boivin. « La création a un pouvoir d’attraction, ça rassemble les gens. Il y a désormais un réseau d’artistes qui viennent créer et repartent ensuite. Ils rencontrent le public d’ici, découvrent nos réalités transfrontalières et linguistiques. Ça leur donne une autre perspective de la région ». 

Les cofondateurs racontent que plusieurs artistes ont eu la chance de se produire devant un auditoire, pour la première fois, à Gatineau. Et lors de leur retour au Festival Transistor, quelques années plus tard, les gens de la région sont fiers d’avoir été témoins de leurs tout débuts, de voir et d’entendre aujourd’hui, où ils sont rendus dans leur cheminement. 

Le secret d’un bon balado selon les fondateurs 

Selon les gars, ça prend des histoires qui se racontent bien. Peu importe le sujet (humour, littérature, musique, sports, etc.). Et tout se passe dans la voix, le plus vieil outil de transmission qui, malgré les écrans et la technologie, continue de vivre. Encore aujourd’hui. 

Aussi, l’effet de proximité. « On doit arriver à tisser un lien avec l’auditeur. Si c’est un ratio un raconteur, un auditeur, c’est plus facile. Si c’est une discussion à plusieurs, l’auditeur doit sentir qu’on lui a réservé un siège autour de la table », révèle Morissette. « La voix, c’est un véhicule d’émotions, de franchise. Dans un balado, le seul sens qui est stimulé, c’est l’écoute. On doit donc arriver à évoquer des images, susciter l’imagination, à faire travailler notre public ». 

Et ça fonctionne, car les balados, les podcasts, les documentaires sonores ont gagné en popularité. De plus en plus de contenus sont présentés devant auditoires. « Les gens se déplacent, ils recherchent cet effet de proximité là, le contact. C’est une écoute complètement différente », mentionne Boivin. « On rit, on pleure, on boit, mais on le fait en gang. C’est ultra rassembleur ». 

La disparition de Coyote Comeau – Festival Transistor 2025. Crédit : Jonathan Lorange. 

En effet, les gens aiment vivre des moments uniques, spontanés. Faire « partie » de l’expérience culturelle. Les premières, les éléments d’exclusivité aussi. Et les contextes d’écoute varient, allant d’une formule 5@7 à une expérience plus captive, immersive.  

Une 10e édition anniversaire à ne pas manquer 

Les cofondateurs ramènent des éléments de production coups de cœur et des clins d’œil des dernières années. « Pour la première édition, on avait créé un happening dans le Vieux-Hull, où se trouve aujourd’hui, la Place Laval. C’était une soirée méchoui sous une grande tente. Sur scène, La soirée est encore jeune », se rappelle Morissette. « Pour la 10e édition, Olivier Niquet sera de retour parmi nous, les gars du podcast Ça ou Ça aussi ». 

Première édition du Festival Transistor. Crédit : Sarah Scott. 

C’est simple. Dans le même festival, on peut assister à une table ronde avec des créateurs hyper niches et à un gala de lutte. On peut y rencontrer des artistes connus, d’autres avec des démarches uniques. « Et cet éventail-là, c’est très représentatif de ce qu’on est, ici en Outaouais ». Les cofondateurs sont fiers de ça. De cette accessibilité. De cette diversité qui fait, en quelque sorte, leur marque de commerce. 

Séance d’écoute, Enfermée : expérience immersive sonore sur le coma – Festival Transistor 2025. Crédit : Jonathan Lorange. 

Curieuses et curieux comme dirait Bégin, c’est un rendez-vous pour le 10e Festival Transistor qui se tiendra du 23 au 26 avril prochains. La programmation aura pignon sur rue dans différents lieux qui se prêtent à l’écoute et aux rencontres, dont le Cabaret La Basoche du Centre culturel du Vieux-Aylmer ainsi que la toute nouvelle bibliothèque Lucy-Faris et le Centre Aydelu. 

Les incontournables de la programmation 2026 

Pour ne rien rater, consultez la programmation complète du Festival Transistor. 

Impossible d’assister à l’événement? Pas de souci,  Transistor Média a un super catalogue de balados disponibles en ligne. Bonne écoute!